chorégraphe
Danseur et chorégraphe, il habite un corps tout terrain et imagine son activité comme une corpo-géographie. Fondateur et directeur artistique de Kubilai Khan Investigations depuis 1996, il organise aussi un cosmos dansant et sonore bien nommé Constellations dans la rade toulonnaise.
© Aurélien Kirchner
en ses mots
« J’aime laisser du temps pour que les images remontent des réserves obscures et qu’elles glissent dans le courant de nos mémoires. Danser nous approche des énergies renouvelables de l’humain ; une géo-poétique et micro-politique des terres inconnues que sont nos corps, qui invitent au voyage dans tous les sens. Les champs artistiques sont cartographiques, ils dessinent les plans où nos vies s’explorent en relation étroite avec ce qui nous entoure ; ils sont aussi des “mondes flottants” courbés par l’énergie des flux, des déplacements où s’actualisent nos rapports au monde. La création est une oscillation, une partition qui déjoue les pièges de l’assignation, de la personnalité. C’est un lieu de circulations, de frictions et d’infiltrations, une architecture invisible. »
Frank Micheletti
autoportrait
Nouvelle petite lubie, il s’évade dans le monde sonore, vit des aventures de sound designer et passe des nuits sur des platines vinyles sous les traits de Yaguara.
Collectionneur de ricochets, il se dépossède par intentions semi-troubles avec des explorations appelées « Collections secrètes » et « No Filter ».
Guidé par une pensée géographique, il s’intéresse aux jungles de l’occidentalisation, aime observer les transformations en cours dans l’espace urbain et regarde l’interconnexion des mondes comme une respiration. Corps urbain dans lequel il se permet de poser des séries de projets et de créations contextualisées qui enrichissent sa palette d’interventions.
Plutôt que de vous lister ses créations, il s’attriste de la disparition de la panthère longibande, dite « panthère nébuleuse », et se console que l’univers poétique réserve encore des surprises.
Son travail s’intéresse à des notions de formes et de distances qui se complètent aux intersections entre espace, langage et corps.
Comme chacun, il voit son budget temps attirer les nouveaux gisements du profit et tâche, par des micro-formes de résistance, d’être mal armé.
Il aime commencer et recommencer un petit rituel qui l’appelle : petite danse.
parcours
Il reçoit une formation de théâtre avec Jean-Pierre Raffaelli, travaille avec Hubert Colas et Isabelle Pousseur, puis décide de s’orienter vers la danse.
Avant de créer Kubilai Khan Investigations, il accompagne Josef Nadj comme danseur sur plusieurs créations : Le Canard pékinois, Les Échelles d’Orphée, L’Anatomie d’un fauve, Woyzeck, Comedia tempio, Les Commentaires d’Habacuc. Il est aussi assistant à la mise en scène du Cri du caméléon, créé avec le Centre national des arts du cirque.
En parallèle, il participe à Crash Landing, série d’improvisations initiée par Meg Stuart au Théâtre de la Ville.
En 1996, il fonde Kubilai Khan Investigations avec Cynthia Phung-Ngoc, Ivan Mathis et Laurent Letourneur.
créations
Comme directeur artistique, il signe les pièces de Kubilai Khan Investigations.
hors plateaux
Dès 2007, il développe un ensemble de projets qui intensifient la présence de la danse hors des plateaux.
Son expression la plus complète : à Clermont-Ferrand et Metz en 2007, à Clermont-Ferrand et Toulon en 2009, chaque année à Toulon depuis 2012, et à Bandung pour une double édition en 2014.
L’avventura (Toulon, 2010), Around Us (Cholet, 2011), Multipli/cité(s) (Aubagne, 2012), Nature de l’acte 1 & 2 (Tremblay-en-France, 2012).
Henka (2009), Soto ni Deru (2010), Comme la main s’enroule (2011), I just desire to touch the sky (2013), There are no satellites (2013).
compagnonnages
ils en parlent
« Avec un nom aussi glorieux que Kubilai Khan Investigations, il fallait un leader original, à la fois figure de l’ombre et de la lumière, comme le danseur et chorégraphe Frank Micheletti. Sans tapage mais juste le chuchotement du bouche à oreille, le talent de cet homme si peu conforme au profil de danseur contemporain, et du collectif d’artistes (on y trouve des circassiens, des vidéastes, des musiciens, des Japonais, des Vietnamiens…) qui l’entoure, a su se faire entendre à sa juste mesure : celle d’un comptoir d’échanges artistiques qui multiplie les rencontres pour innover sur le terrain de l’altérité et du métissage spectaculaire. Car, si KKI, apparu en 1996, possède évidemment l’esprit de conquête du grand chef mongol, il en a surtout l’ouverture tolérante. Chacune des pièces du collectif transforme le plateau en champ magnétique pour la plus insolite des cohabitations, sans pour autant céder au piège du grand mixe globalisant. […] KKI trafique des images, des sons, des voix et de la danse pour dérouler une texture polyphonique où chaque élément se détache tout en trouvant un curieux accord dans une partition d’ensemble. »
Rosita Boisseau, Panorama de la danse, Éditions Textuel, 2006