Juillet 2009, de la Villa Kujoyama, sur les hauteurs de Kyoto, j’écris, présent pour cinq mois suivis d’un mois à Tokyo pour finaliser la création du trio Espaço Contratempo. Lors de cette résidence, je m’intéresse à la culture du Ma, concept premier dans l’esthétique japonaise. Il signifie littéralement « intervalle », « espace » ou « durée » et son kanji représente un soleil entouré par une porte symbolisant l’espace entre deux éléments ou moments. Je garde depuis une attention toute particulière aux intervalles dans mon approche dansée. Dix-sept ans plus tard, je retrouve ce texte écrit à la Villa Kujoyama à Kyoto dont je partage quelques extraits :
Je regarde cette forêt onduler dans les vagues d’air, je suis le tracé du vent dans les courbes irrégulières qu’il imprime aux feuillages, leur donnant pouvoir d’animation. Dans la transparence de ces pulsations, je reste là, dans cette lumière qui bouge, qui respire au-dessous du ciel. Je regarde danser la montagne. Immergé dans le monde sensible, je ressens l’espace comme la porte sans porte du monde, posé sur lui-même, en suspens dans le vide. L’air me frôle, le vent glisse sur ma peau, il me suggère une danse. En suspens, nuancée, entrelacée de douces liaisons, j’esquisse un geste. Expériences d’animisme spontané. Ici, dans cette géographie, cette langue, ces symboles, l’existence est-elle plus étroitement liée à son milieu ?
Kyoto reste près de moi. Six mois au Japon où j’ai imaginé les contours d’un projet poétique : « c.o.r.p.s, maison mobile ».
Frank Micheletti