La nature est une maison hantée — mais l’art est une maison qui tente de l’être.
— Emily Dickinson
Nous avons d’abord conçu Trona comme une performance pour des espaces non scéniques. Aujourd’hui, Trona s’invite dans la boîte noire du théâtre sans oublier qu’elle s’est confrontée à la turbulence des extérieurs. La forme ne s’est pas assagie ou arrondie, elle reste à l’écoute des rugosités qu’elle reconnaît dans les expériences du monde social.
Cette pièce est portée par Sara Tan, qui prête ses traits à Trona. Trona est ici un prénom de cinq lettres que nous avons décomposé en cinq chapitres : Tempête, Rite, Onirisme, Nuit, Archéologie. Ces chapitres accrochent au corps des intensités qui se relient à des paysages aux reliefs accidentés.
Sara prête sa plasticité et démultiplie l’invention d’autres corps pour malmener ce que disent trop clairement nos apparences. Elle s’extrait ainsi de certaines assignations et bouscule certaines représentations, notamment sur le corps féminin. Le sien ne tient pas en place, il court de métamorphose en métamorphose, se tord, se dresse, gronde et maquille ses états pour confondre ses résignations, pour éloigner les renoncements où se perdent nos âmes.
Corps habité et traversé de part en part, il bouge dans une proximité forte avec le public, associé à deux musiciens qui gravent en direct l’incandescente énergie sur leurs machines et micros. La danseuse trouve une alter ego avec la musicienne et chanteuse Marine Colard, qui pose sa voix et ses textes pour porter les cinq chapitres vers des points névralgiques où s’expriment les sentiments contradictoires de nos désirs.