Il y a des rencontres artistiques qui commencent par un projet. Et puis il y a celles qui commencent simplement par une conversation, une curiosité réciproque, une même manière de regarder et d’écouter le monde.
Ma rencontre avec Frank Micheletti est de celles-là. Très vite, nous avons parlé de musique. Beaucoup. De ces musiques qui traversent les frontières et transportent avec elles des histoires, des corps, des mémoires. Nous nous sommes retrouvés autour des scènes contemporaines africaines, et de cette formidable énergie avec laquelle les artistes du continent inventent aujourd’hui de nouvelles formes tout en faisant résonner des héritages beaucoup plus anciens.
Nos pratiques sont différentes, mais elles se rejoignent dans un même désir : faire dialoguer les corps, la matière, la musique et la mémoire. Les premières collaborations sont arrivées naturellement. J’ai confié certaines de mes œuvres textiles pour une performance chorégraphique et sonore au Metaxu avec Idio Chichava et Frank Micheletti. Voir ces pièces quitter l’espace de l’exposition pour entrer dans celui du mouvement a été une expérience très forte. Le textile n’était plus seulement une œuvre à regarder. Il devenait une matière vivante, portée par le corps, transformée par la danse et par le son.
Cette circulation entre nos univers s’est poursuivie au Musée d’Aquitaine, à Bordeaux, lors de ma performance réalisée dans le cadre des commémorations de l’abolition de l’esclavage. Frank, alias Yaguara, en a imaginé la programmation musicale. Là encore, quelque chose s’est produit qui dépassait la simple rencontre de nos pratiques. La musique accompagnait le geste, mais elle ouvrait aussi d’autres espaces émotionnels. Face à ce public nombreux, j’ai ressenti la force particulière que peut avoir la performance lorsqu’elle réunit le corps, l’image, la matière et le son autour d’une mémoire collective.
Un rythme peut porter une mémoire. Un corps peut répondre à ce rythme. Une matière peut, à son tour, prolonger le corps.
C’est probablement là que nos sensibilités se rejoignent le plus fortement : dans cette envie de ne pas enfermer les disciplines. Une exposition peut devenir une performance. Une œuvre textile peut devenir un costume, une peau ou le prolongement d’un mouvement. Une programmation musicale peut transformer notre perception d’un espace. La danse peut réveiller la mémoire contenue dans un objet. Notre collaboration est encore récente, mais elle porte déjà beaucoup de possibles. Nous imaginons aujourd’hui de nouvelles formes dans lesquelles l’exposition, la danse, la performance et la musique pourront se rencontrer davantage. Je ne sais pas encore exactement ce qu’elles deviendront, et c’est peut-être ce qui m’enthousiasme le plus.
Parce qu’au fond, avant les œuvres et avant les projets, il y a une rencontre. Celle de deux sensibilités, de deux parcours, de deux manières de créer qui découvrent qu’elles ont quelque chose à se dire.
Daja do Rosario