Kubilai Khan Investigations s’est ouvert à de nombreuses collaborations en dehors du champ chorégraphique. Présences parallèles regroupe des duos qui s’intéressent aux approches transversales. Le géographe Michel Lussault et le chorégraphe de Kubilai Khan Investigations se sont mis en chemin ensemble avec le duo Micro-collisions, balade où se rencontre la mise en mouvement de nos vies conjuguées à d’autres existences.
Quand un géographe et un chorégraphe se croisent, de quoi se parlent-ils au juste et que cela peut-il produire ? Ce sont là les deux interrogations qui alimentent les Micro-collisions que Frank Micheletti et Michel Lussault proposent depuis 2021.
Micro-collisions, c’est une performance conjointe, in situ, qui mêle réflexions, discussions, lectures, analyse de paysage, exercices chorégraphiques, danses, musiques. Les deux compères choisissent le plus souvent un lieu qu’ils ne connaissent pas, ou, au moins, qu’ils n’ont jamais arpenté ensemble et composent un parcours de 2 à 3 heures proposé à une cinquantaine de personnes, qui permettra de mettre en question le rapport habitant de tout un chacun aux lieux de son existence.
Frank Micheletti et Michel Lussault en sont venus à proposer cette expérience tout à la fois sensorielle, intellectuelle, artistique, ludique (qui n’a rien à voir avec une découverte de paysage classique) après plusieurs années d’échanges réguliers autour des deux interrogations rappelées en ouverture. C’est en effet en 2017 qu’eut lieu leur rencontre, autour d’un livre écrit par le géographe (Hyper-lieux. Nouvelles géographies de la mondialisation, publié en 2017 aux Éditions du Seuil) et de sa lecture par le chorégraphe passionné par l’énigme de nos liens aux lieux. Une connivence s’installa immédiatement, car l’un et l’autre ne mirent pas longtemps à s’apercevoir qu’ils partageaient une même passion, abordée par chacun différemment : celle de la dimension spatiale des existences humaines.
Car si nous vivons avec le temps, nous vivons aussi avec les espaces que nous arpentons et organisons en permanence pour assurer nos vies quotidiennes.
Géographe et chorégraphe travaillent donc les mêmes matières : l’espace des existences et les spatialités (c’est-à-dire les pratiques d’espace) des individus assemblés. Là où le chorégraphe met en évidence cela sur une scène à partir des outils de la danse, le géographe le fait à travers ses livres et ses enseignements. Pourquoi alors ne pas faire se rencontrer les deux démarches et les deux méthodologies dans un « moment de lieu » partagé, où c’est l’espace du dehors lui-même qui devient une scène changeante sur laquelle géographe, chorégraphe et spectateurices sont mis en mouvement(s) ?
Voilà l’acte de naissance de Micro-collisions et depuis lors, à chaque occurrence de cette performance originale, jamais identique d’une fois à l’autre car totalement dépendante des endroits qu’elle investit, le public est appelé à partager cette réflexion commune et à expérimenter de nouvelles manières d’envisager sa sensibilité géo-chorégraphique.
Michel Lussault