Laurent Thurin Nal — Une photographie, une rencontre
Je suis artiste associé au théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, nous sommes en 1999. Après une journée de travail, nous descendons dans la grande salle découvrir Soy. Autant d’énergie, de talent, de surprises… Je sors de l’expérience émerveillé et je rencontre Frank qui me propose de venir photographier le spectacle. Cette photographie des jambes de Takumi devant son micro sera souvent reprise et à chaque fois je repense à son hors-champ peuplé de ceux qui forment ce « comptoir d’échanges artistiques ». Ils viennent d’ici ou d’ailleurs (parfois de très loin), ils dansent, chantent ou jouent de la musique. Il y a ce pied de micro de Soy, ce chapeau de Sorrow Love Song, ces gouttes de sueur qui Volt(s) Face… Tant de détails qui racontent ce tout à travers les différences. Toutes ces années avec Kubilai Khan Investigations pour expérimenter moi aussi. Il s’agit d’un reportage documentaire sur une fiction en train de se créer, du temps de pose de la photographie devant le silence d’un mouvement ou la musique d’un regard…
Marc Perrot
Depuis l’enfance, je photographie pour conserver des souvenirs, parfois un peu rêvés, et donner forme à mon regard. La 8e édition du festival Constellations a marqué un tournant. J’y ai découvert la danse et la liberté des corps en mouvement, si loin de ma propre difficulté à habiter l’espace. Photographier les artistes m’a offert une place auprès d’eux, mais aussi une façon de les rencontrer. L’image ouvre une conversation qui se prolonge après le festival. Je garde souvent contact avec celles et ceux que j’ai photographiés, et parfois même naît une amitié. Neuf ans plus tard, mes boîtiers, mon regard et les spectacles ont changé, mais le bonheur de tenter de sublimer ces propositions reste intact.
Agnès Mellon
J’ai rencontré Frank Micheletti au Festival de Marseille en 2006, cependant notre collaboration a réellement pris corps dans le cadre du Festival Constellations que je couvre depuis 2021. À ses côtés, j’ai retrouvé la liberté qui m’a guidée au début de ma pratique photographique. Sa générosité, son attention et son engagement artistique diffusent une atmosphère de travail dans laquelle je me sens à nouveau autorisée à prendre des risques, à exercer mon regard en dehors des enjeux de la commande photographique. Je peux alors me concentrer pleinement sur le moment dansé, sur les corps qui se parlent, qui se déplacent et qui prennent place jusqu’à ce moment magique où l’émotion surgit et déclenche mon geste photographique. C’est la recherche de ce récit intime et sensible qui fait de la photographie de danse bien plus qu’une simple photographie de spectacle.
Michel Picsraws
Ma vision de photographe par rapport à la danse est paradoxale. En effet, la photographie fige le mouvement, alors que la danse n’est que mouvement ! Mon intention, lorsque je photographie la danse, c’est de restituer un instant tout en laissant au regardant la possibilité de poursuivre le geste, d’en imaginer la finalité ou de laisser naître une nouvelle image. Parfois, j’utilise, entre autres, une technique qui rend les sujets légèrement fantomatiques et mélange les formes, les couleurs, les genres… Cette démarche correspond à ma vision de la danse : un partage de sensations, d’émotions… Une communion de pensées…
Propos recueillis par Marine Drouart