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À la rencontre des bardes éthiopiens : les azmaris

juillet 2026

© Lesly Derksen sur Unsplash

Kubilai Khan Investigations a été artiste associé entre 1999 et 2001 à Châteauvallon. Christian Tamet, alors directeur des lieux, m’a proposé une carte blanche. À cette époque, j’écoutais en boucle la musique éthiopienne. Je lui ai dit que j’aimerais bien que le public de Châteauvallon puisse découvrir cet incroyable patrimoine musical. Bien tombé, il connaissait Francis Falceto : spécialiste et découvreur sous nos latitudes de cette musique.

Ni une ni deux, en décembre 1999, nous le rejoignons à Addis-Abeba pour constituer un groupe d’une quinzaine d’artistes qui feront la première tournée en France d’azmaris. De quoi s’agit-il ? Les azmaris jouent en Éthiopie un rôle important dans leur société. Ces poètes-musiciens itinérants sont connus pour maîtriser l’art des sous-entendus et double sens. À l’aide de leurs instruments, le masenqo et le krar (qui se rapprochent d’une vièle jouée avec un archet et d’un luth), ces artistes s’amusent avec malice des affaires sociales ou politiques du moment.

Dans des cabarets appelés azmaribet, nous avons écumé le quartier de Kazanchis, haut lieu de la vie nocturne d’Addis-Abeba où toutes les nuits étaient rythmées par les improvisations de ces musiciens (d)étonnants.

Pendant quinze jours, j’ai eu cette chance incroyable de parcourir les racines traditionnelles de la musique éthiopienne avec l’un de ses plus fins connaisseurs et fervents défenseurs. De capter cette nostalgie typique du haut plateau abyssin, le tezeta, qui donnera naissance à ce que Falceto a appelé « le blues urbain ». Francis nous aura partagé sa passion tout au long d’un séjour incroyable. Des nuits entières à traverser jusqu’aux premières lueurs du jour, l’effervescence d’une scène d’artistes prodigieux. J’ai cette agréable sensation, par les récits inspirés de Francis Falceto, d’avoir un peu saisi la magie de ce groove éthiopien, ce jazz singulier, reconnaissable dès ses premières notes. Quel bonheur d’avoir approché le chaudron, la marmite de cet éthio-jazz qui reste inspirant pour tant de générations, ici comme ailleurs.

En octobre 2001, Châteauvallon et Bobigny ont reçu quinze artistes azmaris. Pour cette occasion, j’ai été missionné pour transformer le théâtre, proposer une scénographie recréant l’ambiance des azmaribets : ces lieux de vie et de frénésie qui nous avaient fait vivre des soirées inoubliables. Précision : dans ces cabarets, la musique s’y complète avec la danse, l’eskista, qui s’exprime dans un mouvement d’une rapidité inouïe des épaules, de la poitrine et d’affolantes désarticulations du cou, tout cela dégageant une particulière sensualité et beauté.

Ce voyage reste très présent dans ma mémoire. Comme DJ, il me rappelle à quel point il est important de comprendre l’histoire des musiques que l’on partage.

Frank Micheletti

Mots à retrouver dans Danse ! n° 3 – Se jeter à l’eau

juillet – septembre 2026

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